Protégez votre marque en Polynésie Française aussi

Pora Pora

Protection en Polynésie Française

Territoire français à moitié autonome, la Polynésie Française s’est vu conférer par la France une nouvelle compétence afin de mettre en place sa propre institution vouée à la propriété industrielle.

Toutes les marques enregistrées avant le 3 mars 2004 auprès de l’INPI – Institut National de la Propriété Industrielle sont automatiquement reconnues et appliquées en Polynésie Française.

Les marques enregistrées à l’INPI entre le 3 mars 2004 et le 31 août 2013 ne sont pas automatiquement reconnues en Polynésie Française. Les détenteurs de marques souhaitant obtenir la reconnaissance de leurs titres sont soumis à la procédure de dépôt et doivent déposer une demande d’enregistrement avant le 15 septembre 2015. Pour le moment, une marque non-déposée peut faire l’objet d’une demande d’enregistrement en France avec une extension pour la Polynésie Française. Les entreprises et particuliers ayant l’intention de protéger leurs marques uniquement en Polynésie Française (hors France) auront la possibilité de le faire d’ici quelques mois.

La Polynésie Française est devenue rapidement, avec son marché de consommateurs considérable et robuste, un nouveau vivier de marques commerciales provenant des quatre coins du monde, avec des produits et services affirmant leur identité commerciale dans des secteurs tels que le tourisme, l’industrie du bien-être, la joaillerie, l’élevage et la recherche.

Huri Translations fournit un accompagnement à toute entreprise désireuse de créer une identité de marque ou de refondre une marque existante et conseille les propriétaires de marques sur leur noms de marque, logos, slogans, localisation des produits, etc.

L’agence de consulting fournit une aide complète dans l’enregistrement d’une marque en Polynésie Française et résout les problèmes de traduction pendant toute la phase d’enregistrement.

Pensez à protéger votre marque en Polynésie Française tant qu’il en est encore temps, avant que des personnes peu scrupuleuses n’enregistrent votre marque à leurs noms à des fins, très souvent, de spéculation.

Contactez Tamatoa Audouin à l’adresse info@huri-translations.pf pour un devis concernant votre projet d’enregistrement de marque.

Incidence du français sur la prononciation des langues polynésiennes

La Maitai

La Maitai, Whakatū, Aotearoa

La plus haute juridiction administrative de France, le Conseil d’État, a récemment annulé deux lois de pays adoptées par le Fare ‘Āpo’ora’a Rahi, l’assemblée législative de Polynésie Française sous le motif qu’elles passaient outre la Constitution française car débattues et votées en langue tahitienne.

La Constitution de 1958 prévoit que seul le français est la langue officielle de la République. Malgré cette décision mal reçue, le Reo Tahiti se parle toujours aussi couramment tous bords confondus dans l’hémicycle, où évoluent bon nombre d’orateurs d’excellente qualité.

Dans les îles tahitiennes, ‘Āvera est le nom donné à un district sur l’île de Ra’iātea tandis que Averā fait référence à un autre district sur l’île de Rūrutu. La consonne glottale et le macron nous indique de quelle façon les toponymes se prononcent, ils sont donc des diacritiques indispensables pour transcrire la langue tahitienne. Avec l’influence du français et par le fait que la culture Mā’ohi glisse d’une tradition orale vers son alphabétisation, les média jouent un rôle clé dans la promotion (et donc préservation) de la prononciation correcte des noms polynésiens.

*Maitai

Dans le Wai Pounamu, Aotearoa, la rivière qui coule à Whakatū/Nelson était alors appelée la Mahitahi par les māori. Aujourd’hui encore, nul sait réellement pour quelle raison ce toponyme a perdu ses deux fricatives glottales dévoisées mais le awa se prononce et s’écrit maintenant Maitai. La présence de colons français dans les années 1930 aurait sa part dans l’explication de cette nouvelle articulation. D’après le Ngāti Rārua, leurs ancêtres allaient chercher du pakohe – argilite – dans la vallée et se réunissaient pour sculpter des outils et des armes, d’où son nom Mahitahi : « Travail à l’unisson ». Pour les polynésiens de Aotearoa, Te Wāhi Pounamu était « le lieu de la pierre de jade ». Le phonème /h/ ne se prononçant pas en français, de nombreux noms de lieux ont perdu leur /h/ au contact des français et Te Wai Pounamu en était vraisemblablement un de ceux là.

 *Ranguiroa

Revenons en Polynésie Française, où la position dominante de la langue de Molière sur le Reo Mā’ohi crée chez les polynésiens même une déformation des toponymes tels que Rangiroa (nom du plus grand atoll du territoire) en altérant la valeur du phonème vélaire nasal /ŋ/ en occlusive vélaire voisée /g/, consonne présente dans le système phonologique du français et au point d’articulation le plus proche. Le phonème /ŋ/ est également transcrit NG en langue māori. Cependant, pour éviter la confusion entre le verbe polynésien « tango » [taŋɔ] = saisir, atteindre, et le mot anglais « tango » [tængəʊ] = la danse argentine, des universitaires et académiciens ont préféré ôter la lettre N pour transcrire le phonème vélaire nasal /ŋ/ dans certaines langues polynésiennes comme le samoan (tago = tenir), le Tuvalu, ainsi que dans d’autres localités comme Totegegie, à Mangareva/Magareva.

Et une fois de plus, l’influence sans relâche du français fait des ravages sur Totegegie, l’aéroport de Mangareva, toponyme qui se retrouve à tord prononcé « Totéjéji » avec l’influence de l’écriture sur sa prononciation historique et légitime.

L’évidence nous mène à la conclusion que les langues polynésiennes telles que le Reo Māori et le Reo Tahiti doivent être répandues à la fois verbalement et par écrit si l’on veut limiter leur contamination par les langues concurrentes.

Traduction de concepts étrangers s’appuyant sur des références culturelles indigènes – Numéro 18

De manière générale, c’est la nature qui inspira la traduction de noms d’objets et de concepts étrangers introduits dans les îles polynésiennes.

À titre d’exemple, les calendriers polynésiens sont constitués de mois lunaires. Afin de se régler sur les années astronomiques, les gardiens du temps doivent ajouter voire retirer de leurs calendriers soit une nuit (comme à Hawai’i) soit un mois lunaire complet (le cas de Tahiti) de façon à recommencer un cycle annuel dès que les étoiles, bien souvent les Pléiades, réapparaissent positionnées au même endroit dans le ciel. Un mois se dit Malama à Tokelau ou à Hawai’i, Marama à Aotearoa et Rapa Nui ou encore Me’ama à ‘Ua Huka et Fatu Iva. Lors de l’introduction du calendrier grégorien par les européens, les autochtones s’adaptèrent au nouveau système de comptage du temps mais, dans la plupart des îles, les termes Marama/Malama/Me’ama furent ceux employés pour désigner à la fois les mois traditionnels et les mois grégoriens. Alors, pour échapper à cette ambigüité sémantique, les tahitiens distinguaient le terme Marama pour leurs mois lunaires et le terme ‘Āva’e (lune) pour les mois grégoriens.

Pareillement, en 1967, le royaume des Tonga a nommé leur nouvelle devise monétaire le Pa’anga en souvenir des pièces de cuivre que des guerriers tongiens avaient découvert en 1806 alors qu’ils attaquaient le Port au Prince, un grand voilier corsaire de construction française qui fut volé par les britanniques dans la caraïbe. Les indigènes ne connaissant pratiquement pas la valeur de l’argent, ils firent couler le navire dans les îles du groupe Ha’apai. En 2012, le voilier aurait été retrouvé gisant au large de l’île de Foa contenant, vraisemblablement, une grosse cargaison de pièces de monnaie et autres pacotilles du XIXè siècle. Les tongiens avaient remarqué, par analogie, que les vulgaires pièces du navire ressemblaient aux Pa’anga, ou cœur de la mer, graines du Entada Phaseoloides.

Bien que les tahitiens ne l’utilisaient pas en tant que moyen de transport, la roue, puis par métonymie l’automobile, doit son nom tahitien au jouet pour enfant appelé Pere’o’o. Initialement, les Pere’o’o sont des jouets tournoyants, tels que le moulin à vent et la toupie. Par la suite est apparu le Pere’o’o ‘Āmae, ou Pere’o’o Miro, un jouet d’enfant qui reprend le concept de la voiture. Le Miro est un arbre (Thespesia populnea) aux propriétés médicinales et dont le bois est utilisé dans la fabrication de ‘Ūmete (récipients) et de Tō’ere (instruments à percussion).

Dans le même registre, il y a à Tahiti les fameux Pāpio, les manèges de fêtes foraines. On les appelle Pāpio car ils rappellent le Pompaneau Muscadin (Trachinotus bailloni), une carangue appelée localement poisson-manège pour la circonstance. Ce poisson est connu pour tourner en banc autour des plongeurs, comme un carrousel. Les amateurs connaissent aussi les délices du Pāpio cuit à la vapeur !

Inspirés par le milieu naturel, les polynésiens ont intégré avec succès objets et concepts étrangers dans leurs propres cultures et, qui plus est, les ont nommé dans leurs propres langues !

Les langues polynésiennes idéales pour créer un nouveau nom de domaine – Numéro 17

En juin dernier, l’ICANN (International Corporation for Assigned Names and Numbers) a lancé une offre de vente de nouveaux gTLD, ou generic Top-Level Domains dans le but de pallier à la raréfaction de noms de domaines exploitables en .com or .net.

Depuis la mise en place de ce nouveau service, l’organisation se heurte à un parcours semé d’embuches attribué à l’application technique sur les serveurs ainsi qu’à des prix d’appel trop élevés, poussant de ce fait de nombreuses entreprises à renoncer à la poursuite de leur développement marketing.

Pour introduire leurs produits et services sur la toile malgré ce contexte, les sociétés ont la possibilité de s’orienter vers de nouvelles niches de stratégie de nommage en puisant dans d’autres langues. Et le corpus polynésien s’avère très séduisant :

-Les langues régionales telles que le tahitien ou le hawaïen possèdent des phonèmes qui sont parmi les plus facilement prononçables au monde.

– Une grande distribution morphémique dans le Pacifique, s’étalant de Rapa Nui (Chili), situé au sud-est à Kapingamarangi (Etats Fédérés de Micronésie) au nord-ouest. Cette vaste distribution assure une stabilité des mots. Par ex. NUKU.

– Une petite présence lexicale en forte croissance dans les noms de marques, médiatisée par les sports et les arts. Par ex. HAKA.

– Une mémorisation aisée dans la majeure partie des langues polynésiennes du fait de la simplicité de leurs structures syllabiques.

Alors que les noms de domaine des gTLD « classiques » ne courent plus les rues en anglais et que les nouveaux gTLD tardent à s’installer à la barre, les îles polynésiennes se distinguent par l’accessibilité, la richesse et le peu d’exploitation de leurs langues qui constituent un vivier linguistique auquel l’entrepreneuriat peut s’intéresser afin d’ouvrir leur projets de nommage.

Le jeu de la sémantique cognitive – Numéro 16

Il y a de drôles de mots en anglais. Voyez comment deux verbes transitifs placés dans deux différents contextes peuvent prendre des sens diamétralement opposés alors que la syntaxe demeure inchangée :

1) Dans une recette lors d’un concours culinaire :

a) TO BONE – “We had to minutely bone the chicken to make a nice display of it“.

b) TO SKIN – “We had to minutely skin the chicken to make a nice display of it“.

2) En arts plastiques lors d’une exposition :

a) TO BONE – “We had to minutely bone the chicken to make a nice display of it

b) TO SKIN – “We had to minutely skin the chicken to make a nice display of it

Ces deux énoncés tirés de deux contextes différents vont au delà même de la pure grammaire car ils défient l’intelligibilité humaine par la sémantique :

En 1a, l’énonciateur décrit l’action de désosser le poulet tandis qu’en 2a il est question d’introduction d’os dans le poulet.

De même, en 1b, il y a eu retrait de la peau du poulet alors qu’en 2b elle devait être appliquée sur le poulet.

Ces deux prédicats requièrent une soustraction de matière dans le contexte culinaire et une addition de matière dans le contexte des arts plastiques.

A la lumière de la pragmatique, où le contexte affecte le sens d’un énoncé, ces deux auto-antonymes (bone et skin) génèrent quatre interprétations cognitives des prédicats qui sont sémantiquement parfaitement symétriques.

Bien entendu, les lexèmes utilisés dans le contexte culinaire sont les plus producteurs d’occurrences. Ceci étant, leur usage dans le contexte des arts plastiques n’est ni grammaticalement impossible ni sémantiquement inconcevable. Nous pouvons ainsi nous interroger sur la façon dont un contexte oriente la pensée vers une conceptualisation.

Cinq délices importés qui contribuent à l’image de marque polynésienne – Numéro 15

Huri Translations a nommé les coloris de l’application mobile du Clavier Polynésien en l’honneur de 5 délicieuses spécialités que l’on trouve en polynésie :

Fekika, Kūmara, Tahitian Vanilla, Hawaiian Macadamia & Samoan Cocoa.

Le nommage n’est pas arbitraire. En effet, ces cinq produits de culture ne sont pas d’origine locale, tous ont été introduits dans nos îles à différentes époques et par la main de plusieurs personnages.

Fekika est en tongien le jambosier rouge. Ce fruit rouge et luisant fut introduit aux Tonga circa -1000 de Mélanésie et du sud-ouest de l’Asie. Les feuilles de fekika sont utilisées dans la pharmacopée traditionnelle.

Kūmara vient de la langue māori et se traduit par patate douce. Selon diverses sources tribales, la tradition orale nous révèle que le tubercule fut introduit à Aotearoa par les divinités Rongo, Māui, Kahukura et Marihaka depuis Hawaiki, la légendaire terre d’origine. Les scientifiques ont démontré que le kūmara provient d’Amérique du Sud.

Vanilla, ou vanille en français. Les premières lianes de vanille furent débarquées à Tahiti par l’amiral français François Alphonse Hamelin en 1848. En comparant les marqueurs génétiques, les chercheurs montrent que l’épice noire et parfumée est un croisement de variétés d’Amérique centrale qui muta génétiquement au fil du temps et qui s’adapta aux conditions climatiques tahitiennes.

Macadamia – La noix de macadamia qui fut introduite dans les îles hawaïennes en 1882 provenait d’Australie, rapportée par William Purvis à des fins ornementales. Popularisée à Hawai’i, cette noix d’Australasie est souvent dégustée grillée et salée ou alors en confection dans du chocolat.

Cocoa, cacao en français. Le cacao arriva aux îles sāmoa avec les allemands dès 1893. Originaire d’Amérique centrale, cette fève est aujourd’hui bien présente dans le quotidien des familles samoanes qui concoctent du koko Sāmoa, une boisson au cacao qui est légèrement fermentée.

Des premières vagues de peuplement polynésien à l’ère coloniale, ces cinq délicieuses spécialités nous révèlent à quel point les espèces introduites ont enrichi considérablement les cultures de Polynésie et contribué au branding des îles.

Ecrire les langues vernaculaires : Le problème de l’occlusion glottale – Numéro 14

Depuis que le tahitien, langue orale à l’origine, fut initialement mis à l’écrit au XIXème siècle par des missionnaires britanniques de la Société Missionnaire de Londres la langue a connu plusieurs graphies.

Bien que la graphie actuelle et officielle ne fasse pas entièrement unanimité, celle-ci demeure néanmoins la graphie adoptée par le Fare Vāna’a, l’Académie de la langue tahitienne.

Le Reo Tahiti utilise cinq voyelles (a, e, i, o, u) et neuf consonnes (f, h, m, n, p, r, t, v ainsi que l’occlusive glottale, de symbole phonétique [ʔ]). L’occlusion glottale est généralement matérialisée par une apostrophe placée juste avant la voyelle sur laquelle elle porte.

Dans la région, la plupart des rédacteurs en langues polynésiennes réalisant l’occlusion glottale ont officiellement adopté une graphie commune.

Cependant, d’autres graphies semblent perdurer dans certaines sphères de Polynésie Française et d’ailleurs, prétendant que trop de diacritiques entravent la lecture d’un texte. En somme, un mot tel que ha’aputu (amasser) se voit alors écrire haaputu.

Le problème tient du fait qu’il est impossible pour un individu d’apprendre la langue de cette manière car cela implique qu’il connaisse déjà le stock lexical et les morphèmes tahitiens de façon à déterminer si un mot tel que faanuu doit être prononcé /faanuu/, /faanuʔu/, /faʔanuu/ ou alors /faʔanuʔu/.

Pour les langues marquisiennes, les académiciens ont fait le choix de placer leur occlusive glottale au-dessus même de la voyelle : à, è, ì, ò, ù. Par contre, les occlusions glottales ne seront pas systématiquement marquées. Elles sont utilisées uniquement pour lever l’ambiguïté, ce qui revient encore à dire qu’un néophyte en langue marquisienne doit savoir à l’avance que le mot écrit kaaku doit se prononcer /kaʔaku/ et que le terme /kaaku/ n’existe pas.

D’est en ouest, les langues polynésiennes sont intelligibles à des degrés variables entre elles. A l’instar de l’Unicode récemment, les langues locales doivent adopter une seule et unique graphie qui fonctionne pour tous si nous voulons qu’elles s’adaptent au monde d’aujourd’hui et qu’elles traversent les temps. Nous pouvons que souhaiter que la création d’un groupe de coopération gouvernementale polynésien mette en oeuvre des projets afin de définir des normes dans l’écriture des langues polynésiennes.

Bidouiller avec la culture polynésienne peut s’avérer préjudiciable à l’entreprise – Numéro 13

Très souvent, les entreprises, en particulier les grandes enseignes, commercialisent leurs produits en empruntant des traits singuliers d’une culture en ayant peu ou prou connaissance des noms de marques qu’ils viennent à enregistrer, ni même de l’image à laquelle font référence les produits dans tel et tel bain culturel. Tant qu’ils paraissent exotiques et agréables à l’oreille de Pierre Paul et Jacques !

Parlons du noni. Ce fruit à l’odeur fétide (Morinda Citrifolia) est appelé noni en fidjien, hawaïen, mangarévien, tongarévien ou marquisien. A Tahiti, on l’appelle nono. Les équipes de marketing sont unanimes quant à l’impossibilité d’inscrire le terme nono dans un processus de création de nom car il revêt une consonance trop négative en anglais, tandis que noni reste un candidat admissible. Cela revient-il à dire que tout produit estampillé « noni tahitien » serait perçu comme étant culturellement fictif  du fait de la non-existence du mot noni en tahitien ?

L’Amérique compte une pléthore de tiki bars arborant sculptures et moulures de masques, statues ou chopes tous empreints de motifs hawaïens alors que le terme tiki n’existe même pas en hawaïen. En effet, la représentation ou effigie d’une divinité hawaïenne se dit ki’i à Hawai’i. Le nom Tiki existe dans les îles telles que Nuku Hiva, Rarotonga, les Tuāmotu ou encore Aotearoa. Il est phonémisé en ti’i à Tahiti, aux Sāmoa, ou encore à Ni’ihau. Les polynésiens qui découvrent ces tiki bars américains sont complètement effarés par ces pratiques et se demandent pourquoi  joue-t-on de la musique afro-caribéenne dans ces ersatz de lieux à thèmes polynésiens.

Car nombre d’entre nous gardent encore en mémoire « l’erreur » commise par Philip Morris et Altria d’avoir en 2005 commercialisé en série limitée le Maori Mix à destination des consommateurs de tabac israéliens. Une platine dj, des motifs māori ainsi que des cocotiers habillaient le paquet de cigarettes. Lors de la rencontre en 2006 de l’actionnariat d’Altria le groupe a officiellement présenté ses excuses devant Te Reo Mārama, la coalition Māori contre le tabac, qui avait déploré l’usage d’imagerie Māori sur les cigarettes, lequel constituait une grossière insulte à la communauté Māori.

Outre le fait de respecter la déclaration des droits des peuples autochtones des Nations Unies, la création d’un nom de produit véhiculant un patrimoine ethnique riche comme la culture polynésienne impose des connaissances culturelles et linguistiques locales satisfaisantes pour être acceptables sur les marchés mondiaux.

La pirogue double : Des mythiques voyages à l’America’s Cup® – Numéro 12

Depuis des millénaires, les navigateurs sillonnent les océans à la barre de pirogues à voile doubles pour relever les défis de leur temps.

Dans la mythologie Polynésienne, une île vierge est, au commencement, un grand poisson gisant à quelques longueurs de brasses sous la surface de l’océan. Il faut le pêcher et le rendre stable afin de pouvoir coloniser l’île.

Pour le peuple māori, Te Waka ā Māui (La pirogue de Māui) fut l’embarcation à bord de laquelle Māui Tikitiki ā Tāranga, le demi-dieu malicieux pêcha l’île du nord et l’île du sud de Aotearoa. Le poisson devint l’île du nord (Te ika ā Māui) tandis que son waka devint l’île du sud (Te waka ā Māui).

Pour les tahitiens, c’est le héros Tāfa’i qui pêcha les poissons aujourd’hui appelés Tahiti, Mo’orea, Mai’ao, Teti’aroa, Tuāmotu, Mangareva ainsi que les îles hawaiiennes à bord de sa pirogue double nommée Te Ānuanua. ‘Ana tahu’a ta’ata metua te tupu māvae (ou Alpha Bootis) est l’astre qui le mena à Havai’i.

Pour les hawaiiens, la déesse des volcans s’appelle Pele. Née à Kahiki – Tahiti – elle quitta Pola Pola (Pora Pora en tahitien) et navigua aux étoiles sur son wa’a kaulua nommé Honua i ākea, parcourant les îles hawaiiennes à la recherche d’un lieu où résider. A l’approche des côtes, la pirogue de Pele fut guidée par son frère, le requin Kamohoali’i. Pele habite désormais le site de Halema’uma’u, dans le cratère du Kīlauea.

Notons que si le terme Catamaran provient effectivement du mot Tamoul கட்டுமரம் (Kattu Maram), la version moderne du catamaran est néanmoins originaire de Polynésie, région où des embarcations telles que le célèbre Tongiaki des îles Tonga impressionnèrent les premiers navigateurs européens par leur vitesse.

Il y a quelques années, le Pacifique a vu la construction de la flotille Tāvaru. Celle-ci est composée de huit catamarans de 72 pieds parmi lesquels : Te Matau ā Māui, Uto ni Yalo, Hine Moana, Marumaruatua et Fa’afaite, tous calqués sur le modèle Tīpaerua de Rarotonga. Le modèle de Rarotonga avait été introduit par le chef Karika des Sāmoa il y a six siècles. Les exemplaires ont été construits à Auckland par Salthouse Boatbuilders.

Dans le monde de la compétition, la surprise émane de la 34ème America’s Cup. L’événement est ouvert aux classes de catamarans AC45 et AC72, des modèles spécialement conçus pour l’America’s Cup. Le design de ces deux nouveaux bateaux de haute technologie a été pensé pour atteindre les meilleures performances en course car ils sont dotés d’ailes rigides et de matériaux composites. Le AC72 serait capable de naviguer au portant à 1,6 fois la vitesse du vent réel !

Les pirogues doubles auront mené les hommes sur de nouvelles terres, traversant le temps et les océans, en se forgeant leur identité tout en apprenant des autres.

Des mets chinois, des mots chinois et une culture polynésienne – Numéro 11

En langue tahitienne, le terme Tinitō désigne une personne aux origines chinoises. Celui-ci est la phonémisation tahitienne de Sī Ní Tòng信義堂 en chinois Hakka. Sī Ní Tòng constitue la plus grande association chinoise de la Polynésie française.

Dans le domaine culinaire, l’appellation Mā’a Tinitō fait référence à la cuisine chinoise de façon générale mais désigne également ce plat typique et unique qui fut élaboré par un cuisinier chinois à l’époque coloniale, se servant des seuls ingrédients dont il disposait sous la main. La recette se présente en couches successives de haricots rouges, de nouilles fěn sī (粉絲) ou de macaroni, de pota, haricots longs, sauce d’huître, sauce de soja et de porc.

Si vous tenez absolument à manger sur le pouce, commandez un casse-croûte chao men : Entendez par là un sandwich en baguette garni de Chow Mein, de frites et sauce BBQ ! Le casse-croûte est néanmoins inconnu en France métropolitaine.

Les français jouèrent un rôle important dans l’intégration culturelle des chinois dans les îles.

En effet, dans les années 1960 eut lieu la naturalisation française de nombreux ressortissants de la communauté chinoise. Ce changement laissa apparaître de nouveaux patronymes générés par des malentendus verbaux au registre de l’état civil et engendra de multiples orthographes pour un seul et même nom chinois !

Jimmy Ly, un écrivain polynésien d’origine chinoise se demande « Qui peut se douter qu’un Siu, un Siao, un Sui, un Siou désignent un même nom de famille ? » Le nom de famille serait le vingtième patronyme le plus répandu au monde et leurs cousins tahitiens sont réputés être de remarquables chefs d’entreprise.

La cuisine chinoise a contribué, dans une certaine mesure, à bâtir la culture culinaire contemporaine du pays tandis que l’intégration phonémique de la langue chinoise a diversifié le stock lexical polynésien.

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